La gymnastique sensorielle

Publié le par Laurent Caigneaux

 

La gymnastique sensorielle

 

 

 

 

Retrouver les sensations du geste…

La gymnastique sensorielle est une activité physique douce qui peut être envisagée comme une pratique en elle-même ou en prolongement de séances de fasciathérapie.

Elle propose un travail, sur et à partir des perceptions corporelles, et c’est ce rapport conscient établit avec le geste qui donne la dimension ‘sensorielle’ à cette gymnastique.

Sa pratique permet au patient, non seulement de gagner en aisance, en souplesse, de développer des qualités de solidité, d’équilibre, d’adaptabilité, mais encore d’apprendre à se mouvoir en accord avec la physiologie du corps en (re)découvrant les lois naturelles du mouvement. Elle est donc, à la fois une véritable rééducation fonctionnelle car elle contribue à résoudre des problèmes de dysfonctionnement articulaire ou musculaire, et une pédagogie du corps car  le patient, jusqu’alors passif sous les mains du thérapeute, a l’opportunité de devenir acteur de son processus de guérison.

La gymnastique sensorielle offre une réponse à toutes sortes de problématiques corporelles (particulièrement les douleurs de dos) et psychologiques (état de stress) que celles-ci soient passagères ou chroniques.

 

Mal de dos, mal du siècle

De nombreuses causes sont à l’origine de nos douleurs de dos.

Elles sont soit consécutives à un choc intense, qu’il soit physique, psychique ou émotionnel, soit elles surviennent suite à une accumulation de contraintes répétitives, là encore qu’elles soient d’ordre physique ou psychique.

Pour mieux comprendre ces mécanismes d’installation de la douleur : un peu d’anatomie et de physiologie !

Notre dos comprend une structure osseuse : la colonne vertébrale, et une musculature puissante.

 

La colonne vertébrale est très sollicitée par la vie moderne…

Dans le contexte actuel, la colonne vertébrale subit l’influence de différents facteurs comme la vie sédentaire, l’utilisation intensive de l’ordinateur, de la voiture, ou encore le port de talons hauts… A cela peuvent s’ajouter des problèmes congénitaux (scoliose, bascule du bassin…), et les accidents de la vie (chutes, coup du lapin…). Ce sont les effets conjugués de ces différents paramètres qui engendrent des douleurs et ont pour conséquence une mauvaise utilisation de la colonne vertébrale et son enraidissement.

Notre colonne est composée de 24 vertèbres mobiles : 7 cervicales, 12 dorsales, 5 lombaires, Certaines vertèbres font office de charnières, et se trouvent sur-sollicitées, elles sont situées, le plus souvent dans les régions cervicale (cou) et lombaire (bas du dos). Elles compensent le manque de souplesse de la région dorsale (milieu du dos). En effet, les vertèbres dorsales, maintenues par les côtes, sont, par nature moins mobiles (sous-sollicitées) et cette région a plutôt tendance à s’enraidir en position de cyphose (dos voûté). En conséquence, les vertèbres intensément mises à contribution finissent par devenir douloureuses, voire arthrosiques (lumbago, cervicalgie, hernie discale…).

 

La gestuelle usuelle : trop automatisée donc appauvrie en sensation du mouvement…

De plus, pour répondre aux sollicitations de la vie quotidienne, où la vitesse et l’efficacité priment, nos gestes sont devenus répétitifs (gestes professionnels, sportifs…), cette répétition participe à l’usure des zones trop souvent sollicitées. Ils sont également devenus, le plus souvent automatisés, conditionnés et nous n’avons plus conscience du ‘comment nous faisons’ ; ainsi, nos perceptions corporelles sont appauvries, nous ne sommes plus présent à nos gestes, donc moins présent à nous-mêmes.

 

La musculature : en perpétuel ajustement de l’équilibre et du mouvement…

Autour du ‘mât’ que constitue notre colonne vertébrale, les muscles sont organisés en muscles dynamiques et muscles toniques.

Les muscles dynamiques sont destinés aux mouvements, ils sont situés principalement en superficie (ce sont ceux qui façonnent notre silhouette) et sont sous notre commande volontaire.

Les muscles toniques assurent la posture et l’équilibre, ils sont situés plus en profondeur. Leur action est lente et prolongée et ils sont peu fatigables (nous tenons debout tout au long de la journée). Ils assurent notre stabilité lors des déplacements et des mouvements : par exemple quand nous remplissons une casserole d’eau, notre cerveau calcule en temps réel la tension musculaire nécessaire pour compenser le poids de la casserole et assurer ainsi une position stable du bras et du dos. Ces réajustements se font sans que nous en ayons conscience, la tension des muscles toniques ne passe ni par la réflexion, ni par la volonté. Cette organisation nous permet d’être performants.

Parallèlement à cette activité de maintien de l’équilibre, l’état de contraction de ces muscles toniques est intimement lié à notre état psychique. Le tonus augmente lorsque nous sommes perturbés, que ce soit sous l’effet de stress répétés et/ou prolongés, ou encore de pensées obsessionnelles ; mais il est censé se relâcher spontanément lors du retour au calme. Cependant, lorsque les perturbations sont trop importantes, en intensité ou en durée, ce relâchement peut-être partiel, voire ne plus s’effectuer du tout. Un état d’hypertonie (tonus musculaire trop élevé et fixé) peut s’installer sans retour à la normale. Cette tension excessive de ces muscles toniques de la colonne limite alors le jeu articulaire et participe à l’enraidissement du dos. Dans ces cas, la décontraction de ces muscles demande une véritable éducation, voire une rééducation.

 

La gymnastique sensorielle en pratique

 

 

 

La gymnastique sensorielle répond à ces problèmatiques corporelles essentielles : les tensions excessives qui provoquent l’immobilité et/ou l’enraidissement de certaines parties du corps, et l’imperception ou le manque de présence consciente qui accompagnent nos gestes quotidiens. Une séance de gymnastique sensorielle est composée d’exercices doux, progressifs et adaptés à chaque personne. Ils peuvent s’effectuer au sol, assis ou debout et sont pratiqués en respectant des modalités spécifiques.

Le relâchement musculaire : diminue la fatique… Ce relâchement concerne les grands muscles dynamiques, ceux que nous pouvons commander. Ainsi, le pratiquant peut plus facilement centrer son attention sur ses muscles toniques, donc sa posture et son état de tension.

Les axes linéaires : permettent de retrouver des repères spatiaux…En gymnastique sensorielle, nous proposons au pratiquant de poser son attention sur les axes linéaires. En fait, nos gestes quotidiens sont une combinaison de mouvements circulaires et de mouvements linéaires. Par exemple, lorsque nous penchons en avant, le bassin recule, mais nous n’en avons aucune conscience.

Les exercices de la gymnastique sensorielle explorent et mettent en conscience, systématiquement les trois axes linéaires de l’espace : haut/bas (verticalité), droite/gauche (latéralité) et avant/arrière (action/recul). Cette conscientisation permet de créer des repères spatiaux multidirectionnels, d’améliorer la latéralisation (droite/gauche), l’équilibre (le recul du bassin est un contre mouvement qui permet de garder l’équilibre lors du pencher en avant), et d’apprendre à engager sa globalité corporelle dans l’action (quand il y a une intention consciente de se déplacer en avant, toute les parties du corps s’engagent). Cette intention directionnelle selon les axes sort le geste de son conditionnement et offre une nouvelle façon de se déplacer Le pratiquant gagne en conscience, en perceptions et en sensations. Les axes linéaires sont porteurs de l’aspect sensoriel du mouvement.

 

 

 

La lenteur canalise l’attention, donne du temps pour faire les ajustements nécessaires pour moins de douleurs et plus d’aisance…

La lenteur est fondamentale dans cette approche, elle correspond plus à une mobilisation de l’attention qu’à un critère de vitesse. En effet, en bougeant lentement, le pratiquant a la possibilité de canaliser son attention sur ‘ce qu’il est en train de faire’. Il peut, ainsi percevoir chaque partie de son corps en mouvement et apporter des réajustements si nécessaire (par exemple en cas de douleur). En même temps, lorsque le patient effectue ses mouvements de façon lente et fluide, ses tensions diminuent et un sentiment de bien-être et d’harmonie s’installe. En étant présent à son geste, à son corps, de cette manière attentive, le patient accède à un état de ‘présence à soi’.

     

Un cours de gymnastique sensorielle comprend :

 

 

Des exercices analytiques : une coordination du geste dans la globalité 

Les exercices analytiques sont destinés à (ré) éduquer la mobilité et la perception de chaque zone du corps, dans l’objectif d’effectuer une gestuelle harmonieuse, fluide, sans tension, ni fatigue. Pour cela, le thérapeute commence par faire travailler, dans la lenteur et le relâchement musculaire, chaque articulation selon les trois axes.

Puis, progressivement, il amène le patient à exécuter une gestuelle faisant appel à des coordinations articulaires de plus en plus complexes jusqu’à ce que toute sa globalité corporelle soit engagée.

Ces exercices sont guidés par des consignes verbales simples, accompagnées parfois d’un toucher manuel ; la main du thérapeute sert alors de référence pour favoriser la conscientisation de certaines zones (par exemple, des vertèbres dorsales qui ont des résistances à s’engager en avant).

 

Le mouvement codifié  : l’entraînement à faire les gammes du mouvement

Le ‘codifié’ est une mise en chorégraphie d’enchaînements de mouvements. Facile d’accès, il ne demande aucune performance motrice. Il est construit de manière progressive et évolutive. C’est une véritable pédagogie du mouvement qui, en expérimentant tous les possibles de la gestuelle, permet d’éveiller les perceptions corporelles et l’écoute des impulsions internes. Ses mouvements lents et amples le font très souvent comparer au taï-chi. Cependant, le taï-chi est constitué d’une suite de mouvements continus et circulaires, alors que les mouvements du codifiés sont séquencés (des phases de déplacement alternent avec des temps de posture, apportant ainsi une rythmicité) et combinent la circularité avec la linéarité. Le codifié permet au pratiquant de s’entraîner, de faire en quelque sorte, ses ‘gammes’ de mouvements.

L’expression libre du geste : se mouvoir à partir de son ressenti spontané…

Quand le patient est capable de se mouvoir à partir de l’écoute de son ressenti interne, un temps d’expression libre succède au mouvement codifié. Le patient exprime, alors dans sa gestuelle, les impulsions spontanées de son corps. Le mouvement est ‘libre’, libre dans le sens de son expression et libre dans le sens d’un mouvement qui se libère à partir des impulsions internes. « Le codifié, c’est une forme qui met en relation avec le fond (le ressenti, l’intériorité). L’expression libre c’est le fond qui prend forme dans le geste ». Danis Bois

En conclusion, la gymnastique sensorielle, par ses conditions d’exécution dans la lenteur et le relâchement musculaire, sollicite et favorise l’enrichissement de la perception : le patient établit alors plus facilement un rapport conscient avec son geste. Le geste change de statut, il quitte son aspect mécanique et utilitaire pour devenir sensation et « expression de soi’. La gymnastique sensorielle développe des compétences susceptibles d’enrichir différents domaines : professionnel, sportif, artistique… Elle peut se pratiquer en séance individuelle ou en cours collectif. Une fois que le pratiquant a mémorisé sa forme, il peut aussi s’entraîner seul chez lui et devenir ainsi autonome dans son processus de rééducation et/ou de formation . (Françoise Schreiber Kinésithérapeute formée à la fasciathérapie).

 

Pour pratiquer :

Je suis formé à la gymnastique sensorielle par Hélène Bouhris dans le cadre du CF3P.

 

Je vous propose des cours hebdomadaire :

- le mercredi de 12 h 15 à 13 h 30, au 18 rue Lafayette à Dijon dans le cadre de l'association Fleur de Lotus

Je vous invite à me contacter au 06 89 73 23 52 pour plus d'informations.

 

Pour en savoir plus :

La gymnastique sensorielle selon la méthode Danis Bois. Agnès Noël Edition Point d’Appui.

La gymnastique sensorielle pour tous. Isabelle Eschalier. Edition Trédaniel. 

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